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11 avr. 2019 · 23 min

Tectonique des plaques : du fixisme à la Terre en mouvement

Dans ce podcast, suivez les observations et les modèles qui ont fait passer d’une croûte supposée fixe à des plaques dérivant sur le manteau.

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  1. Intervenant 1

    Eh bien écoutez, bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Si vous nous écoutez en marchant dans la rue en ce moment, ou même si vous êtes simplement assis chez vous, essayez d'imaginer un truc. Le continent qui se trouve sous vos pieds, eh bien en fait, il n'est pas fixe.

  2. Intervenant 2

    Non, pas du tout.

  3. Intervenant 1

    Au moment même où on se parle, il dérive. Il se déplace très lentement, inexorablement, à peu près à la vitesse à laquelle poussent vos ongles.

  4. Intervenant 2

    Ouais, c'est ça.

  5. Intervenant 1

    Et donc aujourd'hui, on vous propose une nouvelle plongée dans nos sources du jour. C'est un dossier vraiment fascinant à la croisée de la géométrie, de l'histoire des sciences et de la géologie.

  6. Intervenant 2

    Tout à fait.

  7. Intervenant 1

    Et notre but, c'est de comprendre comment un simple dogme esthétique a pu aveugler l'humanité pendant des siècles et comment on est passé d'une vision géométrique, on va dire idéale de notre planète, à la découverte d'un puzzle complètement chaotique, brutal et surtout en perpétuel mouvement.

  8. Intervenant 2

    Et c'est une transition intellectuelle qui est absolument vertiginose en fait. Parce que ça illustre bien à quel point nos préconceptions, qu'elles soient philosophiques ou purement esthétiques, elles peuvent dresser un mur infranchissable devant le progrès scientifique.

  9. Intervenant 1

    Ouais, on est bloqué par nos propres idées quoi.

  10. Intervenant 2

    Exactement. Pendant très longtemps, la représentation qu'on se faisait de la Terre, elle était dictée par une obsession presque maladive pour la perfection. Dans l'imaginaire scientifique et philosophique classique, donc surtout hérité des Grecs, la sphère, c'est la forme absolue.

  11. Intervenant 1

    Ah oui, la fameuse sphère parfaite.

  12. Intervenant 2

    C'est ça, c'est la perfection par excellence. Donc logiquement, la Terre, notre habitat, ne pouvait être qu'une sphère géométriquement parfaite.

  13. Intervenant 1

    Mais attendez, je vois bien le lien avec l'esthétique, mais en quoi le fait d'imaginer la Terre comme une sphère parfaite, ça empêche de faire de la géologie ?

  14. Intervenant 2

    Parce que, bon, on sait aujourd'hui qu'elle est à peu près sphérique et ça ne nous empêche pas d'étudier les plaques tectoniques.

  15. Intervenant 1

    Oui, bien sûr, mais c'est parce que, philosophiquement, la notion de perfection, elle vient avec un bagage très lourd. C'est-à-dire ? Si une chose est parfaite par définition, elle n'a besoin d'aucune altération. Tout changement ou tout mouvement interne, ça viendrait corrompre cette perfection. Ah d'accord, donc on ne touche à rien.

  16. Intervenant 2

    Voilà, l'idée même d'un idéal géométrique, ça interdit le mouvement. C'est ce qui a donné naissance à ce qu'on appelle le fixisme.

  17. Intervenant 1

    Le fixisme, ok.

  18. Intervenant 2

    Un dogme qui a régné sur les sciences de la Terre jusqu'au début du 20ème siècle en gros. On considérait que la géographie de la Terre, la position des océans, des continents, c'était immobile.

  19. Intervenant 1

    Totalement figé.

  20. Intervenant 2

    Définitivement figé depuis sa création, oui.

  21. Intervenant 1

    C'est fou d'y penser sous cet angle. Un idéal mathématique qui paralyse complètement l'observation physique. Mais le fixisme, il devait bien avoir des failles, non ? Je veux dire, les anciens voyaient bien, je ne sais pas, des montagnes se soulever ou des volcans exploser.

  22. Intervenant 2

    Tout à fait. Et c'est là que le cerveau humain fait preuve d'une très grande créativité pour préserver ses

  23. Intervenant 1

    croyances.

  24. Intervenant 2

    On tolérait à Leïmont les mouvements verticaux.

  25. Intervenant 1

    Genre de bas en haut ?

  26. Intervenant 2

    Oui, un volcan qui entre en éruption, un séisme qui soulève brutalement un bout de

  27. Intervenant 1

    terrain.

  28. Intervenant 2

    Mais pour eux, c'était des spasmes locaux. Par contre, un déplacement horizontal, imaginez que des masses continentales entières puissent Voyager à la surface du globe.

  29. Intervenant 1

    Glisser sur des milliers de kilomètres.

  30. Intervenant 2

    Ça, c'était de l'ordre de l'hérésie. Inconcevable.

  31. Intervenant 1

    Sauf que si on prend un peu de recul, l'évidence était littéralement sous leurs yeux, non ?

  32. Intervenant 2

    Absolument.

  33. Intervenant 1

    Dans nos sources pour cette exploration, on voit bien que dès qu'on a commencé à dresser des cartes, des cartes du monde un tant soit peu précises, il y a des pionniers qui ont remarqué des trucs, des trucs étranges.

  34. Intervenant 2

    Ouais.

  35. Intervenant 1

    Je pense notamment à, vous savez, l'anecdote sur ce cartographe en Versoix en 1596, Abraham Ortelius. Oui,

  36. Intervenant 2

    Ortelius, bien sûr.

  37. Intervenant 1

    Le gars, il regarde sa propre carte et il est frappé par une anomalie visuelle.

  38. Intervenant 2

    Oui. Et l'observation d'Ortélius, elle est brillante de simplicité en fait. Il regarde la côte est de l'Amérique du Sud, puis la côte ouest de l'Afrique, et il constate que leurs formes sont complémentaires. Elles s'emboîtent.

  39. Intervenant 1

    Comme deux pièces, ouais.

  40. Intervenant 2

    Ortélius, c'est historiquement le tout premier à formuler, alors bien sûr de manière très embryonnaire, mais il formule l'hypothèse que ces masses de Terre auraient pu autrefois être réunies et qu'elles se seraient séparées. En 1596.

  41. Intervenant 1

    C'est dingue d'avoir cette intuition aussitôt. Pour utiliser une image, c'est comme si on vous mettait devant les pièces d'un puzzle géant.

  42. Intervenant 2

    C'est ça.

  43. Intervenant 1

    Vous voyez très bien que les pièces s'emboîtent, les motifs des codes correspondent, les bords se touchent. Mais comme on vous a répété depuis l'enfance que ce puzzle, il est en réalité sculpté dans un seul bloc de marbre massif, vous refusez catégoriquement d'assembler les morceaux. Vous dites juste que c'est une simple coïncidence géométrique.

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