
3 févr. 2021 · 14 min
Du jeu vidéo au calcul intensif : le pari des GPU
Dans cet épisode, suivez le détournement des processeurs graphiques : conçus pour le jeu, ils deviennent des accélérateurs de simulations scientifiques.
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Intervenant 1
Bonjour tout le monde et bienvenue à l'écoute de cette nouvelle exploration. C'est le podcast du magazine Tangente et aujourd'hui on va aborder un sujet avec une énergie vraiment électrique.
Intervenant 2
Bonjour ! Oui, je crois qu'on a un paradoxe technologique assez merveilleux à décortiquer aujourd'hui.
Intervenant 1
Ah mais totalement ! Imaginez juste confier le calcul de la trajectoire de rentrée dans l'atmosphère martienne du rover Perseverance, une mission à plusieurs milliards de dollars, à la technologie exacte, qui servait à afficher des donjons pixelisés dans les jeux vidéo des années 90.
Intervenant 2
Ça paraît complètement absurde dit comme ça.
Intervenant 1
Mais c'est la réalité. Notre mission du jour, en nous basant sur des écrits pointus sur le calcul à haute performance, le fameux HPC, c'est de comprendre comment ce besoin frénétique de dessiner des monstres 3D toujours plus réalistes a littéralement sauvé la science moderne de l'asphyxie.
Intervenant 2
C'est un constat fascinant. Et pour bien le comprendre, il faut réaliser que la simulation numérique, c'est devenu l'infrastructure invisible de toute notre société.
Intervenant 1
On ne teste plus en grandeur nature en fait.
Intervenant 2
Exactement. Que ce soit pour concevoir la zone de déformation d'une voiture lors d'un crash, optimiser l'aérodynamisme d'un avion ou même prévoir le réchauffement climatique des dix prochaines années, on
Intervenant 1
modélise. Le monde physique est testé virtuellement.
Intervenant 2
Sauf que, et c'est là que ça coince, les mathématiques se sont pris un mur. Un mur physique.
Intervenant 1
Voilà. La science fondamentale s'est encastrée dans les limites matérielles de nos ordinateurs classiques.
Intervenant 2
Décortiquons un peu tout ça. Quand on parle d'une simulation, genre l'air qui glisse sur la carrosserie d'une voiture, pour l'ordinateur, c'est pas un joli film d'animation. Ah non, pas du tout. L'espace autour de la voiture est découpé en une grille 3D immense. On parle de millions de points géométriques.
Intervenant 1
Et pour chaque point, il y a des équations dans tous les sens, non ?
Intervenant 2
C'est ça. Pression, température, vitesse, friction. À chaque fraction de seconde, on doit résoudre un enchevêtrement de millions d'équations qui évoluent toutes en même temps. Et le faire à la main, c'est une chimère.
Intervenant 1
Du coup, au début des années 2000, la seule solution, c'était la force brute. L'ère des supercalculateurs géants.
Intervenant 2
C'était colossal. Ces machines faisaient la taille d'un entrepôt entier, des centaines de nœuds de calculs reliés par des kilomètres de câbles optiques.
Intervenant 1
Un gouffre financier absolu.
Intervenant 2
Et thermiquement, c'était un cauchemar. Il fallait des usines de refroidissement à eau, juste pour pas que les processeurs fondent. Tout à fait. Et tout ce système reposait sur un composant central. Le cerveau de l'ordinateur. Le CPU.
Intervenant 1
Le processeur central.
Intervenant 2
Voilà. Le CPU s'est beaucoup amélioré au fil du temps. On a mis de plus en plus de cœurs dedans, 4, 8, 16, et aujourd'hui on voit couramment des puces à 20 cœurs.
Intervenant 1
Ce qui est déjà une belle prouesse d'ingénierie.
Intervenant 2
Absolument. Un cœur moderne est capable d'atteindre environ 10 Gflops, c'est-à-dire 10 milliards d'opérations à virgule flottante par seconde.
Intervenant 1
Donc, si je fais le calcul, avec un processeur ultra haut de gamme de 20 coeurs, on plafonne à une puissance théorique de 200 Gflops.
Intervenant 2
Et encore, c'est un plafond très théorique. Ça suppose que le logiciel soit parfait et qu'il n'y ait aucun goulot d'étranglement avec la mémoire vive. Dans la réalité, on est bien en dessous.
Intervenant 1
J'aime bien utiliser une image pour vulgariser un peu cette limitation. On peut comparer notre processeur central, ce CPU, à 20 coeurs, à un groupe de 20 mathématiciens de génie enfermés dans une pièce.
Intervenant 2
20 professeurs émérites,
Intervenant 1
oui. C'est ça. Ils sont extrêmement intelligents. Ils peuvent résoudre des problèmes hyper complexes, avec plein de conditions, très rapidement. Mais voilà, ils ne sont que 20.
Intervenant 2
Le problème, ce n'est pas la difficulté des mathématiques, c'est la quantité. Face à des millions d'équations simples pour simuler un fluide, nos génies sont tout simplement submergés par le volume. Ils ne peuvent traiter les feuilles de calcul qu'une par une.
Intervenant 1
Il s'asphyxie sous la charge de travail. Du coup, puisque ce groupe restreint de génie ne suffit plus, où est-ce que la science est allée chercher du renfort ?
Intervenant 2
Et bien dans les chambres des adolescents.
Intervenant 1
Le climat, c'est l'industrie du gaming.
Intervenant 2
Ce qui est fascinant ici, c'est que l'industrie du jeu vidéo a exigé, pour ses besoins propres, des performances visuelles inouïes. Afficher un univers en 3D de façon fluide, ça demande de calculer la couleur de plus de 2 millions de pixels sur un écran.
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