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26 nov. 2019 · 5 min

Palais de la découverte : pourquoi les scientifiques s’inquiétaient-ils

Dans cet épisode audio, suivez le débat de 2019, des promesses de rénovation aux inquiétudes sur la médiation humaine et les sciences fondamentales.

Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?

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  1. Intervenant 1

    Bonjour à tous et bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. D'habitude, un musée, c'est un endroit où le temps s'arrête un peu. On déambule dans des couloirs silencieux, on observe sous vitrine, avec cette espèce de règle tacite, on regarde mais on ne touche pas.

  2. Intervenant 2

    C'est le principe même de la conservation classique, on fige un truc du passé pour l'observer à bonne distance.

  3. Intervenant 1

    Sauf qu'il y a un lieu qui a toujours refusé cette étiquette de mausolée, le Palais de la découverte. Et aujourd'hui, on fait une petite plongée dans nos sources pour décrypter une tension assez fascinante autour de sa rénovation actuelle.

  4. Intervenant 2

    C'est ça. D'un côté, on a un grand projet de modernisation qui promet monts et merveilles, et de l'autre, une bonne partie de la communauté scientifique qui tire vraiment la sonnette d'alarme.

  5. Intervenant 1

    Et pour comprendre ce décalage, je pense qu'il faut remonter à la genèse du lieu, en 1937.

  6. Intervenant 2

    Exactement ! Porté par Jean Perrin. L'idée de génie à l'époque, qui était totalement radicale, c'était d'arracher la science à l'isolement des labos. Le but, ce n'était pas d'exhiber des formules finies, mais de montrer au public la science en train de se faire.

  7. Intervenant 1

    Ce qui est drôle, c'est que sur le papier, le nouveau projet prétend justement vouloir conserver cet héritage. Les documents officiels nous parlent de maintenir les démonstrations, tout en misant sur des expériences super immersives.

  8. Intervenant 2

    Ouais, avec de la réalité virtuelle, des écrans haute définition, ce genre de choses.

  9. Intervenant 1

    Bah oui, parce que pour explorer l'intérieur d'une cellule humaine, ce qu'aucun humain peut faire physiquement, c'est quand même infiniment plus efficace qu'un vieux bécher plein de poussière, non ? Mais du coup, y a-t-il un loup caché derrière ces belles intentions ?

  10. Intervenant 2

    C'est exactement la question. L'argument de la modernité technologique, en fait, il est fort. Sur le plan de l'illustration pure, l'immersif, c'est imbattable. Mais c'est là qu'intervient la fameuse tribune signée par 24 sociétés savantes.

  11. Intervenant 1

    Ah oui, cette tribune. Et il pointe un chiffre qui fait un peu mal, il me semble.

  12. Intervenant 2

    Un chiffre énorme, oui. En 40 ans, les surfaces accessibles au public sont passées de 11 000 à 7 000 mètres carrés.

  13. Intervenant 1

    C'est une perte sèche d'un tiers de la surface, quoi. Mais j'ai quand même du mal à voir le lien direct avec la démarche scientifique. Est-ce que réduire l'espace, ça tue forcément la compréhension ?

  14. Intervenant 2

    Pas forcément. Mais le contexte change tout.

  15. Intervenant 1

    Parce qu'on peut très bien stocker des milliers de concepts sur une seule borne interactive et ça prend zéro place. Est-ce qu'on n'assiste pas juste à une sorte de peur du tout écran chez ces scientifiques ?

  16. Intervenant 2

    Alors, c'est pas tant une phobie du numérique. Le vrai problème soulevé dans nos sources, c'est la nature de l'interaction. Les salles de démonstration traditionnelles, elles sont pensées comme des petits amphis. Ça demande énormément d'espace pour rassembler un groupe autour d'un chercheur en chair et en os.

  17. Intervenant 1

    Et si on sacrifie cet espace, c'est pour mettre quoi à la place ?

  18. Intervenant 2

    Pour privilégier un flux continu, des visiteurs qui naviguent un peu seuls, individuellement, entre des bornes numériques. Les scientifiques dénoncent une dérive où la technologie devient le cœur de l'expérience et plus juste un outil d'accompagnement.

  19. Intervenant 1

    Je vois totalement. C'est un peu la différence entre utiliser un GPS ou naviguer avec une carte et une boussole.

  20. Intervenant 2

    Ah, c'est une super image !

  21. Intervenant 1

    Bah le GPS, il t'amène à destination sur un écran parsé, sans erreur. Mais il fait tout le boulot. Tu n'as rien appris sur ton environnement. Alors que la carte, elle te laisse la possibilité de faire fausse route, de te corriger, de réfléchir en fait.

  22. Intervenant 2

    Mais c'est exactement le cœur du problème. Le moteur fondamental de la recherche, ce n'est pas la certitude, c'est l'anomalie. Une borne interactive, ça déroule un algorithme. Ça ne rate jamais.

  23. Intervenant 1

    Le résultat est garanti à 100%.

  24. Intervenant 2

    Voilà. Alors qu'un médiateur humain qui manipule de l'azote liquide en direct, il peut rater sa manip. Et paradoxalement, ce dérapage, il est hyper précieux.

  25. Intervenant 1

    Parce que quand ça rate, le médiateur doit formuler une hypothèse avec son public. Genre pourquoi l'étincelle n'a pas eu lieu ? L'humidité ambiante ? Un mauvais calibrage ?

  26. Intervenant 2

    Exactement. C'est dans ce moment de flottement et d'incertitude que le visiteur devient lui-même un petit chercheur. Et c'est ça que les sociétés savantes volent à tout prix protégées.

  27. Intervenant 1

    Donc, l'inquiétude face à la perte des mètres carrés, c'est en réalité la peur de perdre cette marge d'erreur. On ampute l'espace physique, donc on ampute la possibilité de se rassembler pour tâtonner ensemble. C'est fascinant !

  28. Intervenant 2

    Et attention, personne dans ces sources ne rejette le numérique en bloc. C'est un levier génial. Mais il s'insurge contre l'idée d'un parc d'attractions où on consommerait de la science prémâchée.

  29. Intervenant 1

    Qui rend cet enjeu vraiment crucial pour tous ceux qui nous écoutent. La manière dont une société choisit d'exposer la science, ça forge l'esprit critique de ses citoyens face aux crises actuelles. Apprendre à douter, ça se fait pas en cliquant sur un menu déroulant.

  30. Intervenant 2

    Tout à fait. Si on habitue le public à des vérités lisses, indiscutables, livrées par des machines, on le désarme intellectuellement face à la complexité du monde.

  31. Intervenant 1

    Et ça nous amène à une réflexion hyper intéressante pour conclure notre exploration. Surtout aujourd'hui avec l'intelligence artificielle générative qui commence à produire des simulations parfaites en un instant.

  32. Intervenant 2

    La question de l'utilité même de nos musées physiques va vraiment se poser avec acuité, oui.

  33. Intervenant 1

    Si la technologie imite la perfection du savoir direct dans nos téléphones, le frais luxe intellectuel de demain, ce sera peut-être d'assister à l'erreur humaine en direct. Est-ce que ces laboratoires ouverts au public deviendront les derniers sanctuaires pour douter et se tromper ensemble ? Et si le but depuis 1937, c'est de créer des chercheurs en herbe, comment on jugera la réussite du nouveau palais ? Au nombre de dispositifs installés ou au nombre de vocations nées silencieusement entre ces murs ? Voilà une piste de réflexion qui donne un peu le vertige pour la suite.

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