
25 août 2020 · 25 min
Énergies renouvelables : comment le réseau garde l’équilibre
Cet épisode part du défi posé par le soleil et le vent, puis suit comment prévisions, stockage et optimisation maintiennent l’équilibre du réseau électrique.
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Intervenant 1
Bienvenue dans notre exploration du jour, le podcast du magazine Tangente. Et un accueil vraiment super chaleureux à tous ceux qui nous écoutent aujourd'hui. On est ravis de vous embarquer avec nous.
Intervenant 2
Bonjour à tous. Et croyez-moi, on a un sujet absolument fascinant aujourd'hui.
Intervenant 1
Ok, oui. Pour poser le décor, j'aimerais que notre audience imagine un instant de voir orchestrer un ballet, mais à l'échelle d'un continent tout entier. Rien que ça. Bah oui, un ballet où des millions de danseurs doivent changer de rythme, changer de position et d'intensité à la seconde près. Sauf que dans cette chorégraphie, la musique change de tempo de façon totalement imprévisible.
Intervenant 2
Complètement au hasard, dicté par des caprices du vent et le passage des nuages.
Intervenant 1
Exactement. C'est très exactement le cauchemar logistique qui se joue en ce moment même derrière nos prises électriques.
Intervenant 2
C'est une image frappante. Et en fait, elle est tout à fait juste. On a très souvent tendance à résumer la transition énergétique à un formidable défi d'ingénierie physique.
Intervenant 1
On pense aux immenses pales d'éoliennes ou aux champs de panneaux solaires à perte de vue.
Intervenant 2
Voilà, c'est ça. Ou alors on en parle sous un angle purement politique ou écologique. Mais ce qui reste dans l'ombre, et c'est vraiment ce qui rend notre sujet si passionnant aujourd'hui, c'est que la clé de voûte de cette transition repose sur un casse-tête mathématique d'une ampleur monumentale.
Intervenant 1
Un casse-tête monumental, ouais. Et c'est exactement la mission qu'on s'est fixée pour cette analyse, en se basant sur les publications vraiment pointues du magazine Tangente.
Intervenant 2
On va plonger dans les rouages invisibles.
Intervenant 1
C'est ça. On va comprendre comment les mathématiques, et plus particulièrement une discipline qu'on appelle l'optimisation, sont devenues l'arme secrète absolument indispensable pour que nos sociétés continuent de fonctionner.
Intervenant 2
Sans ça, on est dans le noir littéralement.
Intervenant 1
Mais bon, avant de parler d'algorithmes et d'équations, il faut qu'on pose un peu les bases. Il y a un contraste fondamental entre le monde d'hier et celui de demain. Jusqu'à présent, l'humanité carburait à ce qu'on pourrait appeler une énergie de paresseux, n'est-ce pas ?
Intervenant 2
De paresseux, le terme est bien choisi. C'est ce qu'on appelle le grand décalage temporel. En fait, le paradigme historique repose sur les énergies fossiles, donc le pétrole, le gaz, le charbon.
Intervenant 1
Des énergies faciles ?
Intervenant 2
Absolument. Il faut bien réaliser que la nature nous a fait un cadeau inestimable. Elle a pris l'énergie solaire, elle l'a capturée via la photosynthèse, elle l'a compressée et elle l'a laissée macérer sous terre pendant des centaines de millions d'années.
Intervenant 1
Un sacré bout de temps.
Intervenant 2
C'est clair. Le résultat, c'est un concentré d'énergie extrêmement dense qu'on peut transporter dans des cuves, stocker indéfiniment et libérer à la seconde même où on en a besoin. La nature a fait tout le travail de stockage et de concentration totalement gratuitement.
Intervenant 1
En gros, c'est comme si on avait trouvé une immense batterie préchargée achetée en magasin, directe dans le sol. On a juste à pied sur un bouton pour allumer la lumière.
Intervenant 2
C'est exactement l'idée.
Intervenant 1
Bah alors, avec les énergies renouvelables, la donne s'inverse complètement. Si je devais filer une métaphore pour ceux qui nous écoutent, essayer d'alimenter un pays avec du vent et du soleil, c'est un peu comme essayer de maintenir un seau d'eau rempli exactement à ras bord en le plaçant sous une cascade dont le débit change de façon imprévisible toutes les trois secondes.
Intervenant 2
Avec les mains nues, carrément.
Intervenant 1
Voilà. L'énergie n'attend plus sagement sous terre. Elle est fugace, on doit l'attraper au vol.
Intervenant 2
Et c'est là le nœud du problème. L'énergie contenue dans un rayon de soleil ou une rafale de vent doit être captée directement, au moment précis où le phénomène météorologique se manifeste.
Intervenant 1
On n'a plus droit à l'erreur ?
Intervenant 2
Non, plus du tout. Dans un réseau électrique classique, celui du XXe siècle, la logique était assez simple au final. La consommation pilotait la production.
Intervenant 1
C'était bien.
Intervenant 2
Eh bien, les gens rentraient chez eux le soir, ils allumaient la télé, le chauffage, bref, la demande montait. Le gestionnaire du réseau voyait cette hausse et disait simplement…
Intervenant 1
Ouvrez les vannes de gaz.
Intervenant 2
Exactement. Ouvrez les vannes, augmentez la puissance de la centrale au charbon ou du nucléaire. La production s'adaptait gentiment à la demande.
Intervenant 1
Je me fais l'avocat du diable une seconde. Est-ce qu'on ne peut pas juste faire pareil avec les éoliennes ? On a besoin de plus de courant, hop, on les fait tourner plus vite.
Intervenant 2
Ah bah non, car on ne commande pas le vent.
Intervenant 1
Ah oui, c'est vrai.
Intervenant 2
C'est là que le changement de paradigme est total. Avec beaucoup d'énergies renouvelables, la production devient ce qu'on appelle fatale ou intermittente. On ne pilote plus la ressource primaire. Le soleil brille quand il brille. Point.
Intervenant 1
Donc on subit.
Intervenant 2
On subit totalement. Par conséquent, si on a une surproduction à midi en plein été, il faut instantanément stocker cette énergie. Et si on a un creux le soir, il faut déstocker.
Intervenant 1
Ce fameux travail d'équilibrage.
Intervenant 2
Voilà, le travail que la nature a fait pendant des millions d'années pour les fossiles, nous devons maintenant le répliquer artificiellement en temps réel. Et ça demande des ressources très chères, comme des batteries géantes ou des centrales hydrauliques de pompage-turbinage.
Intervenant 1
Donc on passe vraiment d'un monde où on dictait nos ordres à la nature, à un monde où on doit s'adapter à son rythme capricieux, et ce à la milliseconde près.
Intervenant 2
C'est un défi permanent.
Intervenant 1
Et c'est précisément là que les mathématiques entrent en scène, de manière spectaculaire. Pour orchestrer tout ça, pour éviter que le réseau ne s'effondre tout simplement, on construit ce qu'on peut appeler une équation titanesque.
Intervenant 2
Le mot n'est pas trop fort.
Intervenant 1
J'aimerais qu'on décortique un peu la mécanique de cette modélisation mathématique. Parce que, même sans lire une seule formule obscure, la logique sous-jacente est fascinante. On n'y va pas à pas.
Intervenant 2
Avec plaisir. Le but des mathématiciens ici, c'est de planifier le fonctionnement de l'intégralité du réseau électrique pour le lendemain. Pour faire ça, ils construisent ce qu'on appelle un gigantesque problème d'optimisation.
Intervenant 1
D'accord. Comment on peut visualiser ça alors ?
Intervenant 2
Imaginez une immense grille de calcul, un tableau géant. Les lignes de cette grille représentent chaque actif de production, donc chaque usine, chaque parc éolien, chaque barrage du pays.
Intervenant 1
OK. Les lignes, ce sont les machines.
Intervenant 2
C'est ça. Et les colonnes, ce sont des tranches de temps. Par exemple, chaque quart d'heure de la journée de demain.
Intervenant 1
Ah oui, c'est très découpé.
Intervenant 2
L'algorithme doit remplir chaque case de cette grille. C'est ce qu'on appelle les variables de décision. On va les noter P, indice R, virgule T.
Intervenant 1
P, R, T. Donc P pour la production d'électricité, de la ressource R à la période T.
Intervenant 2
C'est exactement la bonne traduction. L'algorithme doit décider de la valeur de ce fameux PRT pour chaque case.
Intervenant 1
Très bien, on a notre immense grille avec des millions de cases PRT à remplir. Mais un algorithme, ça a besoin d'un but dans la vie. Que cherche-t-il à accomplir exactement en remplissant toutes ces cases ?
Intervenant 2
Son but ultime, sa fonction objectif dans le jargon mathématique, c'est de minimiser le coût total.
Intervenant 1
L'argent reste le nerf de la guerre.
Intervenant 2
Toujours. Mathématiquement, l'objectif est de minimiser la somme de toutes les ressources et de toutes les périodes de temps de ce qu'on note la fonction f de PRT.
Intervenant 1
Donc on additionne les coûts de chaque machine pour chaque quart d'heure et on veut que le total soit le plus petit possible.
Intervenant 2
C'est ça. Chaque centrale a un coût d'exploitation différent. L'hydraulique ne coûte presque rien à faire tourner, le nucléaire a un coût fixe important mais un coût marginal très faible, tandis qu'allumer une centrale à gaz de pointe, ça coûte extrêmement cher.
Intervenant 1
Donc l'algorithme cherche la partition la moins chère à jouer.
Intervenant 2
Ils scannent toutes les combinaisons possibles pour trouver cette orchestration parfaite.
Intervenant 1
Sauf qu'évidemment, l'algorithme ne peut pas simplement décider de tout éteindre pour avoir un coût de zéro, ou de ne faire tourner que l'hydraulique si ça ne suffit pas pour tout le monde. Il y a des murs de réalité physique à respecter. Ce
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