
23 févr. 2016 · 15 min
Objets de santé connectés : du soin au risque de piratage
Dans cet épisode audio, suivez les objets de santé connectés, des usages pour les maladies chroniques aux failles qui exposent appareils et données.
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Intervenant 1
Imaginons la scène, on décide, en toute innocence, d'améliorer son hygiène dentaire.
Intervenant 2
Bonne résolution en général.
Intervenant 1
Bah oui, on fait l'acquisition d'une brosse à dents connectée, le dernier cri, un design super épuré, l'application sur le téléphone, tout ça pour surveiller l'apparition du tartre et optimiser son brossage.
Intervenant 2
Classique, le petit gadget du quotidien quoi.
Intervenant 1
Sauf que, trois semaines plus tard, par une série de réactions en chaîne, des réactions totalement invisibles pour l'utilisateur, cette simple volonté de se brosser les dents aboutit purement et simplement au piratage intégral d'un hôpital.
Intervenant 2
Et à la paralysie de tout son réseau informatique. C'est ça qui est dingue.
Intervenant 1
Bonjour et bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Aujourd'hui, on a une mission fascinante, décortiquer un univers qui se trouve vraiment à l'intersection de la médecine moderne, des mathématiques appliquées et de l'informatique pure.
Intervenant 2
On va plonger dans les rouages des objets de santé connectés.
Intervenant 1
Exactement. Et on va essayer de comprendre cette ligne, cette ligne extrêmement fine entre ce qui ressemble à une révolution médicale absolue et ce qui s'apparente en fait à un cauchemar sécuritaire.
Intervenant 2
Parce que cette histoire de brosse à dents qui paralyse un hôpital, on dirait vraiment un mauvais scénario d'espionnage. Mais quand on observe l'architecture des réseaux actuels, la façon dont les données transitent, le chemin entre le lavabo de votre salle de bain et les serveurs critiques d'un centre de soins, il est effroyablement direct.
Intervenant 1
Ah ouais, c'est pas de la science-fiction.
Intervenant 2
Pas du tout. La promesse de départ de cette technologie, elle est magnifique. Anticiper la maladie avant même l'apparition des symptômes grâce à un flux de données continu. Mais l'angle mort, le gros problème, c'est que ces données, elles voyagent dans un espace structurellement hostile.
Intervenant 1
Oui, sur des protocoles qui n'ont absolument pas été conçus pour gérer la sécurité de notre physiologie.
Intervenant 2
C'est exactement ça.
Intervenant 1
Alors, pour comprendre comment on passe d'un gadget de salle de bain à une cyberattaque majeure, il faut, je pense, commencer par cartographier un peu ce qu'on appelle la santé connectée.
Intervenant 2
C'est indispensable, oui.
Intervenant 1
Parce que le marché actuel, il est d'une hétérogénéité folle. D'un côté, on a ce marché gigantesque de l'optimisation personnelle, le grand public quoi.
Intervenant 2
Les fameux wearables.
Intervenant 1
Voilà, le bracelet qui compte vos pas pendant le jogging, la balance synchronisée en Wi-Fi ou même, j'ai vu ça, la fourchette connectée qui vibre si on mange trop vite.
Intervenant 2
Ah oui, la fourchette, c'est vraiment le summum du gadiette de consommation courante.
Intervenant 1
C'est ça. Et diamétralement à l'opposé de cette fourchette, mais opérant sur les mêmes réseaux informatiques, on a des dispositifs de maintien en vie.
Intervenant 2
Et là, on ne rigole plus du tout.
Intervenant 1
Bah non, on parle de pompes à insuline qui calculent et injectent des doses en continu ou de pacemakers qui envoient des données de télémétrie directes aux cardiologues.
Intervenant 2
Le problème, et c'est souvent une confusion chez le grand public et même chez certains législateurs, c'est qu'on met tout ça dans le même panier. On colle l'étiquette santé connectée sur la fourchette qui vibre et sur l'implant cardiaque.
Intervenant 1
Alors que les exigences de conception, elles n'ont absolument rien à voir.
Intervenant 2
Rien du tout ! Et c'est là que la rigueur scientifique de notre analyse intervient. L'article de base qu'on décortique soulève un énorme problème de métrologie. Vous savez, la science de la mesure.
Intervenant 1
Ah, la métrologie ! Oui, on génère des océans de données avec ces capteurs de confort. Mais arrêtez-moi si mon analogie est mauvaise d'un point de vue mathématique. C'est comme amener les graphiques de sa montre connectée à son médecin et lui demander de résoudre un système d'équations différentielles où la moitié des variables sont inconnues, non ?
Intervenant 2
C'est une excellente analogie, c'est exactement ça.
Intervenant 1
C'est visuellement spectaculaire, on a des belles courbes lissées, des petits pourcentages en couleurs sur l'application. Mais c'est fondamentalement irrésoluble, parce qu'on ignore complètement l'incertitude initiale du capteur.
Intervenant 2
L'équation aux variables non définies, ça tape dans le mille. En médecine clinique, une donnée n'existe pas si elle n'est pas qualifiée.
Intervenant 1
C'est à dire ?
Intervenant 2
Eh bien, prenez un électrocardiogramme à l'hôpital. C'est un appareil soumis à des normes d'étalonnage draconiennes. Le médecin connaît la marge d'erreur. Il sait comment la machine réagit s'il fait plus chaud ou s'il est humide.
Intervenant 1
Alors que la montre connectée ?
Intervenant 2
Le capteur optique sous votre montre connectée va être perturbé par la couleur de votre peau, par la sueur, par vos mouvements quand vous courez. D'ailleurs, la CNIL, la Commission nationale de l'informatique et des libertés, pointait déjà cette limite dans un rapport sur le corps connecté. C'était en 2014. En 2014,
Intervenant 1
oui, ça ne date pas d'hier.
Intervenant 2
Un médecin engage sa responsabilité pénale quand il pose un diagnostic. Déontologiquement, il ne peut pas se fier à un algorithme privé dont il ignore les paramètres de calibrage. C'est juste impossible.
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