
14 janv. 2020 · 19 min
Maths et emploi en France : la puissance brute ne suffit pas
Dans cet épisode, suivez le rôle des maths, de la recherche aux entreprises, et découvrez pourquoi calcul et données ne suffisent pas à l’innovation.
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Intervenant 1
Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Alors aujourd'hui, on va faire un petit exercice de pensée pour commencer. Oh,
Intervenant 2
j'aime bien
Intervenant 1
ça ! Imaginons un instant une sorte de substance totalement invisible. Et si on retirait cette substance, ne serait-ce qu'une seule petite seconde, eh bien tous les avions commerciaux resteraient cloués au sol, les réseaux électriques s'effondreraient les uns après les autres en cascade et l'architecture même d'Internet cesserait tout simplement d'exister.
Intervenant 2
C'est un scénario un peu apocalyptique, dit comme ça.
Intervenant 1
Un peu, ouais. Mais cette plongée au cœur de la connaissance, elle s'adresse justement à quiconque s'intéresse au rouage caché de notre économie. Parce que cette substance mystérieuse, ce sont les mathématiques.
Intervenant 2
Tout à
Intervenant 1
fait. Sur des tableaux noirs est en réalité le moteur le plus puissant de l'innovation industrielle contemporaine.
Intervenant 2
Oui, et pour poser d'emblée l'enjeu, le texte de notre auteur contient une métaphore qui, je trouve, résume parfaitement cette dynamique. Il affirme que, et je cite, « les mathématiques sont l'oxygène du monde numérique ».
Intervenant 1
L'oxygène, ouais. C'est fort comme image.
Intervenant 2
C'est très juste. Parce que l'oxygène, ça ne se voit pas. On ne trébuche pas dessus en marchant dans la rue, n'est-ce pas ? Son omniprésence est totalement muette.
Intervenant 1
C'est vrai.
Intervenant 2
Mais pourtant, c'est la condition fondamentale de la survie de tout notre écosystème. Et dans notre monde, qui est massivement digitalisé aujourd'hui, l'impact des mathématiques opère exactement sur ce mode-là. C'est vital, c'est omniprésent, mais c'est dramatiquement invisible pour le grand public.
Intervenant 1
C'est vraiment ce paradoxe de l'invisibilité qui mérite qu'on s'y arrête aujourd'hui. Et comme d'habitude, essayons de décortiquer cela ensemble. Parce que quand on pense aux mathématiques, on visualise souvent un chercheur solitaire dans son bureau avec ses abstractions.
Intervenant 2
Le fameux cliché, oui.
Intervenant 1
Voilà. Mais en lisant le contexte historique que dresse le document, on s'aperçoit que cette science, en fait, elle a littéralement les mains dans le cambouis industriel. Et ça, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.
Intervenant 2
Absolument. Et il faut savoir que la France cultive une tradition très, très spécifique sur ce point. On a une liste assez vertigineuse de géants industriels qui ont intégré la recherche mathématique directement dans leur ADN depuis des décennies.
Intervenant 1
On parle de très grands groupes là, non ?
Intervenant 2
Oui, on parle de nos fleurons quoi. Airbus, EDF, Air Liquide, Dassault ou même Michelin par exemple.
Intervenant 1
Ah oui, Michelin, même pour les pneus, il y a des maths.
Intervenant 2
Exactement. Et cette exception culturelle française, elle s'explique beaucoup par la sociologie de ces entreprises. Historiquement, si on regarde bien, leurs dirigeants sont presque tous passés par les classes préparatoires et les grandes écoles d'ingénieurs.
Intervenant 1
Ce qui crée une certaine culture du chiffre, j'imagine.
Intervenant 2
C'est ça. Ils ne voient pas du tout les mathématiques comme une matière purement académique. Pour eux, c'est un outil d'ingénierie extrêmement direct.
Intervenant 1
Mais alors, concrètement, parce que c'est parfois dur à visualiser, comment ça se traduit ? Prenons un avion, par exemple, chez Airbus.
Intervenant 2
Très bon exemple.
Intervenant 1
Quand ils conçoivent un nouveau profil d'aile, on se doute bien qu'ils ne se contentent pas de dessiner une forme aérodynamique sur un comptable.
Intervenant 2
Non, en effet. Derrière le joli dessin de cette aile, il y a ce qu'on appelle des équations aux dérivés partiels.
Intervenant 1
Voilà, d'accord.
Intervenant 2
Oui. Plus précisément, ce sont les équations de Navier-Stokes. Ce sont elles qui régissent la mécanique des fluides.
Intervenant 1
Donc, bien avant de construire une vraie maquette en soufflerie, on fait quoi ? On calcule ?
Intervenant 2
On modélise, oui. Les mathématiciens vont modéliser le comportement de chaque centimètre cube d'air qui va venir frapper le métal à, disons, 900 km par
Intervenant 1
heure. C'est vertigineux quand on y pense.
Intervenant 2
L'équation permet vraiment de simuler la pression, les turbulences, la résistance. Et résoudre ces systèmes mathématiques qui sont d'une complexité inouïe, ça permet d'optimiser la forme de l'aile.
Intervenant 1
Avec un gain réel à la clé, financièrement parlant.
Intervenant 2
Un gain énorme. Ça permet d'économiser des millions de litres de kérosène sur toute la durée de vie de l'appareil.
Intervenant 1
C'est fou ! En fait, on pourrait presque filer l'analogie de la construction urbaine pour bien visualiser ce rôle.
Intervenant 2
Ah oui ? Comment ça ?
Intervenant 1
Eh bien, dans notre monde moderne avec cette innovation technologique fulgurante, toute la sphère digitale qui a explosé avec des acteurs comme Google par exemple, c'est un peu le gratte-ciel rutilant qu'on admire tous en levant la tête.
Intervenant 2
D'accord, je vois l'idée.
Intervenant 1
Mais ce gratte-ciel ne tient debout que grâce à l'ingénierie structurelle en dessous. Et les mathématiques, ce n'est pas seulement la petite tuyauterie cachée dans les murs.
Intervenant 2
Non, ce sont les fondations même.
Intervenant 1
Exactement. Elles calculent la résistance des matériaux, elles répartissent la charge colossale des données pour éviter en gros que l'édifice numérique ne s'effondre sous son propre poids.
Intervenant 2
C'est une excellente métaphore. Le problème, c'est que la vitesse de construction de ces gratte-ciels numériques s'est tellement accélérée ces dernières années qu'une prise de conscience est devenue hyper urgente du côté des concepteurs, des fondations justement.
Intervenant 1
Ce fameux tournant autour de 2009, l'article le mentionne, c'est ça ?
Intervenant 2
Oui, 2009. C'est l'année d'un rapport européen très important, le Forward Look in Mathematics and Industry.
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