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9 avr. 2024 · 8 min

Animath a 25 ans : des Olympiades à une maison commune

Dans cet épisode audio, suivez la naissance d’Animath en 1998, l’élargissement de ses missions et le développement de sa préparation aux Olympiades.

Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?

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  1. Intervenant 1

    Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Alors, imaginez une seconde qu'on envoie notre équipe nationale aux Jeux Olympiques, mais qu'on refuse de leur fournir un entraîneur.

  2. Intervenant 2

    Ah oui, ça serait un peu le désastre !

  3. Intervenant 1

    Complètement absurde, on est d'accord. Pourtant, jusqu'en 1998, c'était exactement ce que la France faisait avec ses esprits mathématiques les plus brillants. On les envoyait aux Olympiades internationales sans aucune préparation spécifique.

  4. Intervenant 2

    Et c'est vraiment le point de départ de notre exploration des sources aujourd'hui. L'association Animath vient de fêter ses 25 ans à l'Institut Henri Poincaré. Et en fait, son histoire, elle illustre un changement radical dans notre façon de concevoir l'apprentissage des maths en France.

  5. Intervenant 1

    Parce qu'avant 1918 et surtout après la fameuse réforme des lycées de 1995, celle qui a modifié pas mal de programmes, on a réalisé que nos candidats n'avaient tout simplement plus les armes pour rivaliser au niveau mondial.

  6. Intervenant 2

    C'est ça.

  7. Intervenant 1

    Et pourtant la France y participait depuis 1969, non ?

  8. Intervenant 2

    Oui, oui, tout à fait. Mais ça reposait en fait uniquement sur la bonne volonté de quelques profs un peu isolés, surtout au lycée Louis-le-Grand à Paris.

  9. Intervenant 1

    D'accord.

  10. Intervenant 2

    Du coup, ils se sont dit bon, il faut structurer tout ça, créer des espèces de clubs olympiques.

  11. Intervenant 1

    D'accord, mais attends. Comment est-ce qu'on entraîne concrètement un élève en maths ? Je veux dire, c'est pas comme faire des pompes ou courir sur une piste pour gagner en endurance.

  12. Intervenant 2

    Non, c'est sûr. La différence, en fait, elle réside dans la nature même du problème posé. Tu vois, au lycée, on t'apprend généralement à appliquer une méthode bien précise pour trouver une solution précise.

  13. Intervenant 1

    Ouais, le fameux théorène qu'on recrache, quoi.

  14. Intervenant 2

    Exactement. Mais aux Olympiades, c'est une toute autre logique. On va te donner un problème de géométrie ou de théorie des nombres qui demande vraiment de l'inventivité.

  15. Intervenant 1

    Ah genre, pas juste appliquer une formule ?

  16. Intervenant 2

    Voilà. Au lieu de calculer une valeur avec ta formule, on te demande de prouver qu'une propriété est vraie pour absolument tous les nombres imaginables.

  17. Intervenant 1

    Ah ouais,

  18. Intervenant 2

    chaud. Donc tu dois inventer ton propre chemin

  19. Intervenant 1

    quoi. D'accord, donc c'est vraiment de la création pure.

  20. Intervenant 2

    Oui, c'est ça. L'entraînement, ça consiste à développer des réflexes face à l'inconnu, apprendre à tester des hypothèses, à se tromper surtout, et à rebondir.

  21. Intervenant 1

    C'est fou parce que, ce qui me surprend dans nos notes, c'est que sous l'impulsion de ses fondateurs, comme Martin Handler, L'association a très vite dévié de cet objectif initial d'entraînement pur. Ils auraient pu se limiter à créer une espèce d'usine à champions très fermée.

  22. Intervenant 2

    Ils l'ont envisagé, mais ils ont très vite compris que pour trouver ces fameux talents, il fallait élargir le filet. Dès la rédaction des statuts, en 1998, l'idée n'était plus du tout de cibler uniquement une élite parisienne.

  23. Intervenant 1

    Ah, ils voulaient s'ouvrir ?

  24. Intervenant 2

    Ouais, il voulait construire un réseau beaucoup plus inclusif, ouvert aux collégiens, lycéens, étudiants. Il y avait vraiment une volonté affichée de casser ces barrières géographiques et de genre.

  25. Intervenant 1

    Mais là, du coup, on se heurte à un énorme cliché. Parce que dans l'imaginaire collectif, les maths, c'est la discipline solitaire par excellence, non ?

  26. Intervenant 2

    Totalement, oui.

  27. Intervenant 1

    Le chercheur un peu ébouriffé, tout seul devant son tableau noir avec sa craie. Comment on transforme une activité qui est perçue comme aussi individuelle en une véritable maison commune ?

  28. Intervenant 2

    Et bien tout simplement en s'inspirant de la réalité de la recherche moderne. Parce qu'aujourd'hui, les mathématiques, ça avance grâce à la collaboration internationale. C'est plus du tout un truc isolé. Et Animath a modélisé ce fonctionnement pour les jeunes, notamment avec des initiatives comme le tournoi français des jeunes mathématiciennes et mathématiciens, le fameux TFGM2.

  29. Intervenant 1

    Concrètement, ça ressemble à quoi un tournoi de maths par équipe ? Ils résolvent des équations le plus vite possible en se passant un relais ou quoi ?

  30. Intervenant 2

    Mais pas du tout ! C'est presque l'inverse de la course de vitesse en fait.

  31. Intervenant 1

    Ah bon ?

  32. Intervenant 2

    Ouais, on donne aux équipes de lycéens ce qu'on appelle des problèmes ouverts. Ce sont des énoncés pour lesquels il n'existe pas de solution connue à l'avance.

  33. Intervenant 1

    D'accord.

  34. Intervenant 2

    Ou alors pas de chemin unique pour y arriver. Et les élèves, ils ont plusieurs mois pour y réfléchir ensemble.

  35. Intervenant 1

    Ah oui, donc c'est vraiment de la recherche pure.

  36. Intervenant 2

    Exactement. Et ensuite, lors du tournoi, ils doivent présenter leurs résultats à l'oral et ils doivent les défendre face à d'autres équipes qui, elles, vont jouer le rôle de contradicteurs.

  37. Intervenant 1

    Wow,

  38. Intervenant 2

    OK. Donc, c'est génial parce qu'ils apprennent le débat scientifique, la rhétorique, le travail d'équipe.

  39. Intervenant 1

    Donc on est vraiment dans la construction d'un raisonnement collectif. Et j'imagine que cette approche un peu plus ouverte, ça a facilité la mise en place de leurs autres projets.

  40. Intervenant 2

    Des partenariats super stratégiques pour déconstruire les préjugés.

  41. Intervenant 1

    Comme lesquels, par exemple ?

  42. Intervenant 2

    Eh bien, avec l'association Femmes et Mathématiques pour s'attaquer au manque de parité. Et puis avec le programme Maths C2+. Ah

  43. Intervenant 1

    oui.

  44. Intervenant 2

    Là, ils ciblent carrément l'égalité sociale en invitant des jeunes de milieux modestes à des

  45. Intervenant 1

    stages. C'est super important, ça.

  46. Intervenant 2

    Absolument. Et le passage à l'échelle de toutes ces actions, ça a été vraiment propulsé par la gestion des fonds d'un programme d'investissement public. Ça s'appelait CapMath entre 2012 et 2016. D'accord. Et d'ailleurs, le succès a été tel que le reliquat de ces fonds a même permis de lancer la fondation Blaise Pascal.

  47. Intervenant 1

    Ah oui, quand même ! C'est vraiment fascinant de voir cette évolution. D'ailleurs, l'association pilote des événements grand public colossaux. Je vois ici dans les notes la 25e édition du salon culture et jeux mathématiques.

  48. Intervenant 2

    Oui, fin mai, place Saint-Sulpice à Paris.

  49. Intervenant 1

    C'est ça. Mais pour boucler la boucle, qu'est-ce qui est devenu ce fameux pôle olympique de 1998 ? Parce que les documents mentionnent qu'on est passé d'une vingtaine d'élèves lors du tout premier stage à Orléans à 500 jeunes suivis aujourd'hui.

  50. Intervenant 2

    Oui, c'est une sacrée croissance.

  51. Intervenant 1

    Et le texte précise qu'ils commencent dès la classe de cinquième. Sélectionner et tester des enfants de 11 ou 12 ans, c'est pas un peu brutal. Je veux dire, on risque pas de les écraser sous la pression.

  52. Intervenant 2

    Alors, c'est sûr que c'est un risque si le système est punitif. Mais le modèle qui a été pensé ici, il est très différent. En fait, l'évaluation de début d'année, c'est juste un point d'entrée. Et ensuite, l'entraînement, ça prend la forme d'envois mensuels. Les élèves reçoivent chez eux une série de problèmes.

  53. Intervenant 1

    D'accord, un peu comme un défi.

  54. Intervenant 2

    Voilà, et ils ont un mois entier pour chercher, sans la pression du chrono ni de la note. C'est vraiment un exercice de persévérance.

  55. Intervenant 1

    Ah, ça change tout !

  56. Intervenant 2

    Ouais, et ceux qui s'épanouissent avec cette méthode, ils sont ensuite invités à des stages intensifs et, in fine, aux compétitions internationales.

  57. Intervenant 1

    Ouais, donc c'est vraiment l'art de cultiver la curiosité à long terme en fait, en laissant le temps au raisonnement de se construire.

  58. Intervenant 2

    Exactement.

  59. Intervenant 1

    Donc l'assaut, elle prend un jeune élève curieux, elle le sociabilise par des tournois et elle peut l'accompagner jusqu'au plus haut niveau international.

  60. Intervenant 2

    C'est ça. Et d'ailleurs, le bilan de ses 25 ans, ça nous pousse inévitablement à regarder un peu au-delà des mathématiques.

  61. Intervenant 1

    C'est-à-dire ?

  62. Intervenant 2

    Quand on constate l'efficacité de ce système d'envoi mensuel, de cette détection super précoce et de cette culture du défi sans sanction immédiate, juste pour révéler le potentiel logique.

  63. Intervenant 1

    Ah, je vois où tu veux en venir. La question qui se pose, c'est ce qu'on rate dans les autres domaines en fait.

  64. Intervenant 2

    Mais voilà, précisément, je veux dire, si on déploie autant d'intelligence pour révéler des talents en mathématiques, quels autres génies est-ce que notre société perd chaque jour en littérature ou en sciences sociales ou en art ? Tout simplement parce qu'on n'a pas encore pris la peine de créer les bons clubs pour les repérer et les stimuler à

  65. Intervenant 1

    temps. C'est une excellente réflexion. Ça donne vraiment à réfléchir.

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