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29 juin 2018 · 7 min

24 heures pour décrypter l’actualité avec des chercheurs

Dans cet épisode, suivez la collaboration pendant vingt-quatre heures, puis son exemple sur les flux de passagers et ses limites.

Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?

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  1. Intervenant 1

    Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Aujourd'hui, on a une exploration assez spéciale à vous proposer.

  2. Intervenant 2

    Bonjour tout le monde.

  3. Intervenant 1

    Oui, très spéciale. Parce que, imaginez une seconde une goutte d'eau dans un tuyau.

  4. Intervenant 2

    D'accord.

  5. Intervenant 1

    Et cette goutte, soudainement, elle est prise de panique à l'idée d'être en retard pour le travail. Et elle décide de faire demi-tour.

  6. Intervenant 2

    En bousculant toutes les autres.

  7. Intervenant 1

    Voilà, en bousculant violemment toutes les autres gouttes à contre-courant.

  8. Intervenant 2

    C'est totalement absurde.

  9. Intervenant 1

    C'est ça. En physique classique, c'est impossible. Mais c'est très exactement le genre de casse-tête que les mathématiciens doivent résoudre. Ah

  10. Intervenant 2

    oui, quand ils essaient de mettre l'humain en équation.

  11. Intervenant 1

    Exactement, nos crises de nerfs humaines. Bon, décortiquons tout ça parce qu'on se base aujourd'hui sur un article sur l'opération associée journaliste et scientifique le temps d'une journée.

  12. Intervenant 2

    Oui, l'opération avec l'œil des chercheurs. C'était le jeudi 7 juin dernier.

  13. Intervenant 1

    C'est un concept super audacieux, je trouve.

  14. Intervenant 2

    Ah bah totalement. En fait, pendant 24 heures chrono, les journalistes du Huffington Post français, HuffingtonPost.fr, ils se sont associés avec des chercheurs du CNRS pour décrypter l'actualité de manière complètement originale.

  15. Intervenant 1

    Mais attendez, 24 heures chrono, ça me paraît, c'est le mariage de la carpe et du lapin, cette histoire, non ?

  16. Intervenant 2

    C'est un peu ça, oui.

  17. Intervenant 1

    Parce que d'un côté, on a l'urgence absolue du journaliste.

  18. Intervenant 2

    Qui doit publier tout de

  19. Intervenant 1

    suite. Voilà, dans l'heure, pour captiver l'attention. Et de l'autre, on a ce temps super long, très réfléchi, presque méditatif de la recherche fondamentale.

  20. Intervenant 2

    Ou valider une hypothèse prend des mois, en général.

  21. Intervenant 1

    C'est ça. Du coup, comment on arrive à forcer ces deux temporalités à produire quelque chose de

  22. Intervenant 2

    cohérent ? La méthode, c'était de soumettre des questions d'actualité super concrètes à l'expertise immédiate de ces chercheurs.

  23. Intervenant 1

    D'accord.

  24. Intervenant 2

    Donc, au lieu de réagir à chaud avec juste des opinions de comptoir, on va dire, on confronte vraiment l'événement du jour à la méthode scientifique dure.

  25. Intervenant 1

    D'accord, mais sur une journée d'actualité, ça donne quoi sur le terrain ?

  26. Intervenant 2

    Prenons un exemple précis.

  27. Intervenant 1

    Parce que si je me souviens bien, l'une des grosses infos de ce 7 juin, c'était l'annonce de grosses perturbations à la SNCF pour le lendemain.

  28. Intervenant 2

    Ouais, des grèves.

  29. Intervenant 1

    Comment un scientifique réagit quand on lui demande du tac au tac de modéliser le chaos sur un quai de guerre parisien pour le lendemain matin ?

  30. Intervenant 2

    Les journalistes ont posé exactement cette colle à Bertrand Moury.

  31. Intervenant 1

    Le mathématicien.

  32. Intervenant 2

    C'est ça, il est professeur à l'Université Paris Sud et il a aussi cofondé la start-up Synactif. Et la question qu'ils l'ont posée, elle était hyper frontale, c'était « Peut-on prédire les conséquences d'un train supprimé sur le comportement des passagers ? »

  33. Intervenant 1

    Ce qui est fou parce que c'est là que ça devient vraiment intéressant.

  34. Intervenant 2

    Ouais.

  35. Intervenant 1

    Prédire les conséquences physiques, je le comprends très bien. On a la largeur d'un quai. Le

  36. Intervenant 2

    nombre de portes.

  37. Intervenant 1

    Voilà, c'est de la géométrie pure. Mais quantifier la frustration ou le stress d'un voyageur, de la ligne B du RER, un matin de grève.

  38. Intervenant 2

    C'est autre chose.

  39. Intervenant 1

    Ça me paraît tellement subjectif. Comment on transforme une émotion aussi imprévisible en données mathématiques sans que tout l'algorithme s'effondre ?

  40. Intervenant 2

    Ce qui est fascinant ici, c'est justement l'évolution des modèles mathématiques de flux de personnes.

  41. Intervenant 1

    Ah ouais ? Ouais, parce que historiquement, ces modèles, ils étaient très mécaniques, très froids.

  42. Intervenant 2

    Comme des particules, quoi.

  43. Intervenant 1

    Voilà. Mais Bertrand Maury explique que pour que ces algorithmes tiennent la route aujourd'hui, ils doivent absolument intégrer les sciences sociales. Oh, d'accord. Pour évaluer concrètement comment le confort ou le stress modifie nos déplacements.

  44. Intervenant 2

    Et il fait ça comment ?

  45. Intervenant 1

    Imaginez que chaque individu dans la simulation mathématique, il est enveloppé dans une sorte de bulle de répulsion.

  46. Intervenant 2

    Une bulle de répulsion ?

  47. Intervenant 1

    Oui, c'est une zone de confort invisible autour de

  48. Intervenant 2

    lui. Donc la distance physique que je cherche spontanément à maintenir avec mon voisin pour ne pas me sentir étouffé ?

  49. Intervenant 1

    C'est le principe, ouais. Et en situation normale, cette bulle, elle a un diamètre stable.

  50. Intervenant 2

    Ok.

  51. Intervenant 1

    Mais sous l'effet du stress causé par, par exemple, l'annonce du train supprimé, la tension monte.

  52. Intervenant 2

    Voilà, l'algorithme modifie cette variable psychologique. La bulle rétrécit.

  53. Intervenant 1

    Ah, je vois.

  54. Intervenant 2

    Et le modèle intègre aussi ce qu'on appelle la rationalité limitée.

  55. Intervenant 1

    La rationalité limitée, c'est-à-dire ?

  56. Intervenant 2

    Quand vous êtes frustré, vous prenez des décisions hâtives et basées sur une vision très partielle de la foule. Vous ne voyez pas tout le quai.

  57. Intervenant 1

    On agit un peu n'importe comment.

  58. Intervenant 2

    Exactement. Et mathématiquement, ça se traduit par une altération des vecteurs de vitesse et une explosion du coefficient de friction.

  59. Intervenant 1

    Entre les particules humaines.

  60. Intervenant 2

    Voilà. Vos décisions soudaines modifient littéralement les équations de déplacement du modèle.

  61. Intervenant 1

    Donc, si j'essaie de bien visualiser la chose, modéliser une foule aujourd'hui, ça n'a plus rien à voir avec la simple mécanique des fluides, en fait.

  62. Intervenant 2

    Non, plus du tout.

  63. Intervenant 1

    On ne calcule plus du tout l'écoulement de l'eau dans un canal. On essaye de calculer la trajectoire d'entités douées d'émotions et de stress.

  64. Intervenant 2

    C'est ça.

  65. Intervenant 1

    Des entités qui peuvent prendre des décisions complètement irrationnelles.

  66. Intervenant 2

    Une molécule d'eau, elle obéit aveuglement à la gravité. Elle ne va pas changer d'avis à cause d'une annonce au haut-parleur.

  67. Intervenant 1

    Non, c'est sûr.

  68. Intervenant 2

    L'humain, sous stress, il obéit à sa propre psychologie de l'instant. C'est vraiment cette rigueur-là qui intègre la sociologie, qui rend la chose fascinante.

  69. Intervenant 1

    Mais au final, la vraie question, c'est... Est-ce que ça marche ?

  70. Intervenant 2

    Ah, vaste question.

  71. Intervenant 1

    Parce qu'avec toute cette puissance de calcul, les bulles de répulsion, est-ce que les algorithmes arrivent vraiment à anticiper parfaitement nos mouvements ?

  72. Intervenant 2

    Mais...

  73. Intervenant 1

    J'ai du mal à croire qu'une équation puisse deviner si je vais piquer un sprint vers la sortie ou juste m'asseoir par terre par désespoir, tu vois.

  74. Intervenant 2

    Vous avez complètement raison d'être sceptique. Et c'est d'ailleurs la conclusion hyper humble de Bertrand Maury face aux journalistes.

  75. Intervenant 1

    Ah, il l'avoue.

  76. Intervenant 2

    Il l'a né volontiers, oui. La modélisation de ses comportements, elle est encore balbutiante. D'accord. C'est un domaine en pleine construction. Il y a plein de variables inconnues.

  77. Intervenant 1

    Ouais, c'est l'humain,

  78. Intervenant 2

    quoi. Voilà. Mais le magazine Tangente applaudit vraiment cette belle opération. Parce que confronter des maths de si haut vol à des événements sociétaux immédiats, c'est une démarche d'une immense rigueur.

  79. Intervenant 1

    Ah oui, c'est une gymnastique incroyable pour les chercheurs. Et on espère vraiment que l'expérience sera renouvelée.

  80. Intervenant 2

    Absolument.

  81. Intervenant 1

    En tout cas, pour nous qui écoutons ça, ça donne une implication assez amusante au quotidien.

  82. Intervenant 2

    C'est vrai.

  83. Intervenant 1

    La prochaine fois que vous attendrez un train annulé sur un quai bondé, rappelez-vous que vos réactions de stress et vos petits mouvements agacés intéressent

  84. Intervenant 2

    la science.

  85. Intervenant 1

    Ils intéressent autant les mathématiciens que les sociologues. Vous êtes de précieuses données.

  86. Intervenant 2

    Ça soulève d'ailleurs une question importante et hyper ouverte, je trouve.

  87. Intervenant 1

    Laquelle ?

  88. Intervenant 2

    Si notre stress et nos émotions redessinent sans cesse ces modèles mathématiques de déplacement, existera-t-il toujours une limite infranchissable ?

  89. Intervenant 1

    Un truc qui bloque l'équation ?

  90. Intervenant 2

    Voilà un niveau d'imprévisibilité fondamentalement humain qu'aucune équation aussi complexe soit-elle ne pourra jamais totalement anticiper.

  91. Intervenant 1

    C'est une excellente question pour clôturer cette plongée. On vous laisse méditer là-dessus.

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